« WASHINGTON, 5 décembre 2008 – Georges W. Bush remercie le Père Noël de faire une apparition à Washington pour l’inauguration de l’arbre de Noël de la Maison-Blanche. Il adresse une pensée à tous les soldats qui sont loin de leur famille. En compagnie de sa femme, il appuie sur le bouton qui illumine l’arbre de Noël. »
Un peu plus tôt dans l’après-midi…
Depuis le début de la journée, je regarde le cadran en bas à droite de mon écran d’ordinateur. Il est 16h16, une minute après 16h15. Je vérifie une fois de plus mes mails. « 1 nouveau message »… tiens tiens : « Urgent – inauguration du sapin de Noël de la Maison-Blanche à 17h. ». Je travaille au Musée de l’Holocauste, 15 minutes à pied de la Maison-Blanche, 5 minutes en courant. Il n’est pas encore trop tard pour y aller ! Faut-il un ticket pour rentrer ? Vais-je pouvoir rentrer avec mon ordinateur portable ? J’en sais rien !
16h17 : je ferme le clapet de mon ordinateur portable, range mes affaires, me précipite vers l’ascenseur.
Je suis en train de courir en direction la Maison-Blanche, lorsqu’une voiture me klaxonne. Quoi, qu’est ce qui se passe ? Le bonhomme est vert, je traverse au bon moment. Elle me klaxonne à nouveau et une jeune demoiselle passe la main à travers la vitre de la voiture et me tend une cannette. Quoi qu’est-ce ? « C’est nouveau, c’est du Redbull-Cola, tiens, prends une cannette. » Je prends la cannette et goute à la nouvelle boisson tout en continuant ma course. J’ai l’impression d’être Popeye qui prend sa dose d’épinard. J’arrive à la Maison-Blanche à 16h25. J’aperçois une foule près d’un poste de sécurité. Je m’approche. Tous les gens ont des tickets à la main. Oups… C’est mal engagé. « Où avez-vous eu votre ticket ? – Je l’ai depuis plus d’un mois » me répond t-on de façon hautaine, façon, dégage le plancher minus...
Ne sachant plus quoi faire, je regarde les mouvements de foule. Beaucoup font le tour de la Maison-Blanche. Pourquoi ? « On a entendu dire qu’il fallait aller de l’autre côté si on n’a pas de tickets » me répondent plusieurs personnes. Je prends mes jambes à mon cou et suis la foule. Effectivement, il y a de la queue à un autre poste de sécurité, mais cette fois-ci personne n’a de tickets. Personne ne rentre non plus d’ailleurs… 30 minutes passent et j’entends au loin le spectacle qui débute… Je suis à environ 300 mètres du sapin de Noël et de la scène. Encore une fois, comme à Nuremberg, je vais échouer au pied de la Magie de Noël.
17h05 : les portes du poste de sécurité s’ouvrent et les gens commencent à rentrer ! Je suis quand même loin au niveau de la queue mais j’ai toujours une petite chance d’y arriver. 10 minutes plus tard, me voilà, en train de passer le poste. Pas de soucis, j’entre dans le parc et m’installe le plus près possible de la scène. Je suis au premier rang des personnes debout à environ 30 mètres du sapin… Je suis aux premières loges pour voir l’inauguration du sapin de Noël par W. Bush ! Mission accomplie !
dimanche 7 décembre 2008
La Magie de Noël : même joueur joue encore!
« NUREMBERG, 30 novembre 2007 - Les lumières de la ville de Nuremberg s’éteignent. Le grondement de la foule réunie autour de la place principale se fait moins fort. Soudain, un ange apparait dans la lumière en haut de l’église «Frauenkirche»… L’ange récite un poème et inaugure le marché de Noël de Nuremberg. Les lumières de la ville se rallument sous les applaudissements nourris d’une foule en délire, » est ce que j’aurais pu écrire si je l’avais vraiment vécu…
Un peu plus tôt dans l’après-midi…
Depuis le début de la journée, je regarde le cadran en bas à droite de mon écran d’ordinateur. Il est 16h16, une minute après 16h15, lorsque la sonnerie de mon téléphone retentit. Je regarde l’écran du téléphone: la secrétaire du responsable marketing m’appelle. Elle ne m’appelle que très rarement, je travaille au contrôle de gestion. « Allo ? – Bonjour, Emmanuel. Est-ce que tu peux descendre 5 minutes, j’ai un petit service à te demander ! – Oki, pas de problème, j’arrive tout de suite. » Après tout, j’ai bien 5 minutes. Je n’ai l’intention de quitter Adidas qu’à 16h30 pour arriver à l’heure à l’inauguration du marché de Noël de Nuremberg qui est à 18h. Je dévale 4 à 4 les escaliers, saluant au passage le gigantesque poster de Zidane dans le couloir, et passant devant le grand panneau qui décompte les jours et les heures avant la prochaine coupe du monde de football.
Je zigzague entre les couloirs, arrive enfin au bureau de la secrétaire. « Oui, que puis-je faire pour toi ? – Merci, Emmanuel. Voici deux cartons. Chacun des cartons contient 100 photos de chaussures. Il faut que tu retrouves et remettes ensemble chaque paire de chaussures. »
De premier abord, ca semble facile. Je regarde une photo de chaussure dans le carton de droite, et je cherche sa sœur jumelle dans le carton de gauche. Ah, ca y est, je l’ai trouvé ! Ah non ! C’est pas la même couleur ! Cette fois, c’est bon ! Ah non ! Cette chaussure à des scratchs, l’autre des lacets ! Heu, c’est quoi ce délire ? Un service qui prend 5 minutes ??? C’est ca, mon œil !
Je retourne voir la secrétaire : « Est-ce que c’est urgent ? Ca ne peut pas attendre lundi ? – Ah non, désolé, il faut l’envoyer aujourd’hui, c’est le boss qui l’a dit ! »…
17h45 : la salle de réunion est transformée en atelier photos. A droite, les modèles les plus simples, à gauche, les plus fantaisistes. Je transpire, j’ai mal au dos… mais j’arrive au bout du boulot !
18h : je quitte Adidas. C’est râpé pour l’inauguration du marché de Noël. Ce n’est pas si grave, au moins, le boulot a été fait !
Le lundi matin suivant…
Je croise la secrétaire dans un couloir : « Alors, il était content le boss ? – Ah, ben, en fait, heu, comment dire, finalement, on n’a pas besoin des photos… » Je recrache le café que je suis en train de boire. Tout ca pour rien !
Un peu plus tôt dans l’après-midi…
Depuis le début de la journée, je regarde le cadran en bas à droite de mon écran d’ordinateur. Il est 16h16, une minute après 16h15, lorsque la sonnerie de mon téléphone retentit. Je regarde l’écran du téléphone: la secrétaire du responsable marketing m’appelle. Elle ne m’appelle que très rarement, je travaille au contrôle de gestion. « Allo ? – Bonjour, Emmanuel. Est-ce que tu peux descendre 5 minutes, j’ai un petit service à te demander ! – Oki, pas de problème, j’arrive tout de suite. » Après tout, j’ai bien 5 minutes. Je n’ai l’intention de quitter Adidas qu’à 16h30 pour arriver à l’heure à l’inauguration du marché de Noël de Nuremberg qui est à 18h. Je dévale 4 à 4 les escaliers, saluant au passage le gigantesque poster de Zidane dans le couloir, et passant devant le grand panneau qui décompte les jours et les heures avant la prochaine coupe du monde de football.
Je zigzague entre les couloirs, arrive enfin au bureau de la secrétaire. « Oui, que puis-je faire pour toi ? – Merci, Emmanuel. Voici deux cartons. Chacun des cartons contient 100 photos de chaussures. Il faut que tu retrouves et remettes ensemble chaque paire de chaussures. »
De premier abord, ca semble facile. Je regarde une photo de chaussure dans le carton de droite, et je cherche sa sœur jumelle dans le carton de gauche. Ah, ca y est, je l’ai trouvé ! Ah non ! C’est pas la même couleur ! Cette fois, c’est bon ! Ah non ! Cette chaussure à des scratchs, l’autre des lacets ! Heu, c’est quoi ce délire ? Un service qui prend 5 minutes ??? C’est ca, mon œil !
Je retourne voir la secrétaire : « Est-ce que c’est urgent ? Ca ne peut pas attendre lundi ? – Ah non, désolé, il faut l’envoyer aujourd’hui, c’est le boss qui l’a dit ! »…
17h45 : la salle de réunion est transformée en atelier photos. A droite, les modèles les plus simples, à gauche, les plus fantaisistes. Je transpire, j’ai mal au dos… mais j’arrive au bout du boulot !
18h : je quitte Adidas. C’est râpé pour l’inauguration du marché de Noël. Ce n’est pas si grave, au moins, le boulot a été fait !
Le lundi matin suivant…
Je croise la secrétaire dans un couloir : « Alors, il était content le boss ? – Ah, ben, en fait, heu, comment dire, finalement, on n’a pas besoin des photos… » Je recrache le café que je suis en train de boire. Tout ca pour rien !
mardi 2 décembre 2008
Revenu de l'enfer pour parler
Henry Greenbaum s’assoit sur sa chaise et pose son stylo sur son bureau situé au centre du hall principal de l’United States Holocaust Memorial Museum. Tous les vendredis, Henry travaille comme volontaire au Musée. Associé à Erika Eckstut, ils racontent à qui veut bien écouter ce qui leur est arrivé durant l’Holocauste.
« Nous nous sommes promis : si tu survis, raconte ce qu’ils nous ont fait » se souvient Henry Greenbaum, 80 ans. « Les hommes sont capables de tout. En racontant ce qui s’est passé, en décrivant ce qui est arrivé, nous pouvons peut-être éviter que cela n’arrive à nouveau. »
Henry est le benjamin d’une famille de neuf enfants. Il vivait en Pologne et déménagea du ghetto de sa ville natale à un camp de travail forcé et de là vers plusieurs camps de concentration. Il a été libéré par l’Armée Américaine en avril 1945. Il a immigré aux Etats-Unis en 1946 et il y vit depuis. Henry et sa femme, Shirley, ont maintenant quatre enfants, trois garçons et une fille, et dix petits-enfants. Henry a dirigé un magasin de pressing pendant 44 ans avant de prendre sa retraite en 1997. Depuis son inauguration le 22 avril 1993, Henry travaille comme volontaire au Musée de l’Holocauste.
Erika Eckstut savoure chaque seconde de son travail avec Henry : « Il est comme un frère pour moi », dit Erika. « Il est la personne la plus gentille, la plus agréable que j’ai rencontrée. »
Quand il ne travaille pas au Musée, Henry raconte son histoire à des classes et des professeurs tout autour des Etats-Unis. Par exemple, il a déjà donné des discours dans l’Utah, le Colorado, le Michigan, le Kentucky… « Nous racontons aux professeurs, ils le raconteront à leurs élèves. Ses élèves se marieront et ils le raconteront à leurs enfants. Nous ne pouvons pas nous permettre de laisser oublier l’Holocauste. Nous devons dire au monde ce qu’il s’est passé. Nous sommes toujours vivants et il y quand même des gens qui disent que l’Holocauste n’existe pas. »
Henry Greenbaum est né le 1 avril 1928 à Starachowice en Pologne. « J’étais un enfant normal. J’ai eu une éducation normale, » dit Henry. « Nous jouions au football, nous allions à l’école publique, nous allions à l’école religieuse. »
Les Allemands occupent Starachowice le 9 Septembre 1939 et ils déplacent tous les Juifs dans le ghetto. « Nous étions encore une famille, nous étions toujours ensemble, » raconte Henry. Toutefois, ils ne peuvent pas faire les courses et ils dépendent de l’armée allemande pour la nourriture.
Malgré son jeune âge, Henry et trois de ses sœurs travaillent dans une usine de munition.
Le 27 octobre 1941, les Allemands demandent aux habitants du Ghetto d’aller sur la place du marché et une sélection a lieu. Ce jour-là, Henry est séparé de sa mère et de deux de ses sœurs qui étaient déjà mariées. « Je ne l’ai plus revu depuis, » dit Henry. Elles sont envoyées directement à Treblinka, un camp de la mort. Henry est déplacé avec trois de ses sœurs dans un camp de travail forcé près de l’usine de munition. Ils y travaillent jusque fin 1943. Durant cette période, deux des sœurs d’Henry meurent.
Un jour, des rumeurs circulent que l’ensemble des travailleurs va être déplacé hors du camp. « Nous aidions les Allemands avec leur artillerie de guerre, nous n’étions pas payés. Nous avions un petit morceau de pain, un peu de soupe liquide le soir quand nous revenions à nos baraques après la journée de travail : c’est tout ce que nous leur coûtions, » se souvient Henry. « Et ils vont nous envoyer hors d’ici ? Donc, nous nous sommes dit qu’ils allaient maintenant nous tuer. » C’est pour ça que certains prisonniers ont essayé de s’enfuir. Parmi eux, Henry et Faiga, la dernière sœur d’Henry encore vivante au camp. Malheureusement, l’évasion ne se passe pas comme prévu et Henry est blessé à la tête par une balle. Après s’être fait tiré dessus, Henry court vers les baraques des femmes pour chercher sa sœur. Il ne la trouve, mais des femmes l’aident à nettoyer sa plaie. Henry rentre dans les baraques des hommes tôt le lendemain matin. Le jour suivant, les Allemands appellent tout le monde hors des baraques. Les Allemands tuent tous les blessés. A cette époque, Henry avait les cheveux longs et la blessure est bien cachée par ses cheveux. Alors qu’ils étaient en ligne, Henry aperçoit sa sœur. Elle est étendue sur le sol près du trou qu’ils avaient fait dans les barbelés pour s’échapper. Elle ne bouge pas. Elle est morte. Henry a 15 ans et il est maintenant tout seul.
Deux semaines après la tentative d’évasion, le camp de travail est évacué. Henry est envoyé à Auschwitz dans des wagons de bétail. « Nous sommes restés dans ce wagon pendant trois jours, sans nourriture, sans eau, sans toilettes, » raconte Henry. « La destination était Auschwitz, mais nous ne le savions pas. »
Arrivés à Auschwitz, une nouvelle sélection a lieu. « Gauche, Droite, Gauche, Droite, la moitié de mon convoi fut envoyé directement au crématorium. La raison ? Je ne sais pas, » dit Henry. Après la sélection, Henry reçoit son numéro : A18991 et il est envoyé chez le coiffeur pour être rasé. C’est la première fois que quelqu’un remarque la blessure d’Henry. « Finalement, après 4 ans, nous avions droit à une douche, » se remémore Henry. « Nous n’étions pas au courant qu’ils nous mentaient. Ils disaient parfois « douche » mais au lieu de l’eau, c’était du gaz. Mais nous étions chanceux, et de l’eau est vraiment tombée. » Après la douche, Henry reçoit un uniforme à rayure. Henry est resté trois mois à Auschwitz. Il a peu à faire. Quelquefois, il aide la personne à mettre le corps des morts dans des remorques.
Un jour, un homme arrive au camp. Il semble très riche. Il porte un costume et des chaussures blanches et marrons. Il commence à piocher 50 personnes du transport d’Henry. Henry est sélectionné et est envoyé à Buna Monowitz, un camp satellite d’Auschwitz. Il travaille là-bas pour une usine de produits chimiques appelée IG Farben. Son rôle est de construire la route autour de l’usine. « Nous travaillions aussi avec des prisonniers de guerre anglais, » dit Henry. « Nous recevions beaucoup d’aide et d’encouragements de leur part. » Quand l’usine IG Farben commence à se faire bombarder par l’Armée Américaine, les Allemands et les travailleurs non-Juifs courent dans un bunker. Henry et les soldats britanniques doivent, quant à eux, rester dehors. Les soldats expliquent à Henry comment se protéger quand il entend le sifflement des bombes. « Après plusieurs attaques, un des mes camarades décida que si les Allemands et les travailleurs étaient dans le bunker, peut-être qu’il pourrait aller chercher de la nourriture, » raconte Henry. « Nous lui avons dit de ne pas le faire, mais il n’a pas écouté. Il l’a fait trois fois avant de se faire prendre. Un dimanche à Buna Monowitz, on nous a donné l’ordre de sortir des baraques dans la cour et il y avait 4 personnes pendues. Ce jeune homme avait mon âge. »
A la fin 1944, Henry est transféré par train à Flossenburg. Sur le chemin, le train se fait bombarder si souvent par l’Armée Américaine qu’ils doivent marcher pour récupérer un train plus loin.
A Flossenburg, Henry travaille dans un dépôt où les Allemands entassent les habits des personnes qu’ils tuent. « La situation alimentaire était la même : un morceau de pain le matin, une soupe très liquide le soir, » se souvient Henry.
A cette époque, les Russes attaquent de l’Est. Henry peut entendre les attaques tous les jours. « L’homme en charge des baraques nous disaient tous les matins : vous ne quitterez pas cet endroit vivant. Avant que les Russes arrivent ici, nous allons tous vous tuer, » explique Henry. « Nous ne savions pas qui c’était, il nous donnait de l’information. »
Alors que les Russes approchent, Henry est évacué plus profondément dans l’Allemagne. En février 1945, ils commencent à marcher et ce jusqu’en avril 1945. Ils mangent de la verdure ou tout ce qu’ils peuvent trouver dans les bois. Ils s’arrêtent dans une ferme uniquement quand les chiens ou les gardes ont faim.
Le 25 avril 1945, alors qu’ils marchent près d’une autoroute, ils aperçoivent des tanks. D’un coup, les gardes allemands les abandonnent. Quelques minutes plus tard, ils voient un tank s’approcher d’eux. « Nous pensions que c’était un tank allemand et qu’il allait tous nous tuer, » dit Henry. « Mais, par bonheur, c’était un ange, un tank américain. »
Les Américains les conduisent dans une ferme non loin. « Finalement, après cinq ans, nous avions de la nourriture, » raconte Henry. « Du pain, des pommes de terre, des fruits et plein d’eau. Chacun de nous tomba malade comme un chien. Nos estomacs n’étaient plus habitués à ça dorénavant. »
Après avoir passé deux semaines dans une ferme allemande où il travaille pour l’Armée Américaine, Henry est transféré dans un camp de personnes déplacées près de Frankfort.
Son frère, qui était aussi en Europe durant l’Holocauste, le rejoint et ils émigrent tous les deux vers les Etats-Unis. Ils voyagent à bord du Marine Flasher de Brème à New-York en 1946. Quand ils arrivent à New-York, ils sont accueillis par leur frère, David, qui a émigré aux Etats-Unis en 1941. Henry et David déménagent à Washington et habitent chez leur sœur pendant environ un an.
En 1947, Henry se marrie à Shirley, une Américaine qu’il a rencontré dans une convention juive. Ils déménagement ensemble à Bethesda dans le nord-ouest de Washington D.C. Henry ouvre son magasin de pressing sur l’avenue Wisconsin à Washington. « Le mari de ma sœur était dans le pressing, et il nous a tout appris, » dit Henry. Il travaille là-bas pendant 44 ans avant de prendre sa retraite en 1997.
Henry n’a jamais quitté les Etats-Unis depuis son immigration en 1946.
En avril 1978, une série télévisée appelée « Holocauste » est diffusée sur NBC. Elle a un grand succès et remporte 8 Emmy Awards. Après cela, les choses commencent à changer et les gens veulent en savoir plus sur l’Holocauste. « Tout le monde voulait qu’on leur raconte, tout le monde voulait un survivant.»
Depuis ce temps là, Henry raconte son histoire. Il tient la promesse qu’il a faite à ceux qui n’ont pas survécu. L’Holocauste est ancré aussi profondément dans sa mémoire que le numéro sur son bras. « Je disais à mes enfants que c’était le numéro de téléphone du magasin sur mon bras, » se souvient Henry.
Henry Greenbaum et tous les survivants sont la mémoire vivante de l’Holocauste et l’esprit du Musée de l’Holocauste.
« Ce musée est la meilleure chose pour les survivants, » dit Henry. « C’est la meilleure chose qui a été construite ici parce les générations à venir pourront écouter. Une fois que nous aurons quitté ce monde, le musée parlera pour nous. »
« Nous nous sommes promis : si tu survis, raconte ce qu’ils nous ont fait » se souvient Henry Greenbaum, 80 ans. « Les hommes sont capables de tout. En racontant ce qui s’est passé, en décrivant ce qui est arrivé, nous pouvons peut-être éviter que cela n’arrive à nouveau. »
Henry est le benjamin d’une famille de neuf enfants. Il vivait en Pologne et déménagea du ghetto de sa ville natale à un camp de travail forcé et de là vers plusieurs camps de concentration. Il a été libéré par l’Armée Américaine en avril 1945. Il a immigré aux Etats-Unis en 1946 et il y vit depuis. Henry et sa femme, Shirley, ont maintenant quatre enfants, trois garçons et une fille, et dix petits-enfants. Henry a dirigé un magasin de pressing pendant 44 ans avant de prendre sa retraite en 1997. Depuis son inauguration le 22 avril 1993, Henry travaille comme volontaire au Musée de l’Holocauste.
Erika Eckstut savoure chaque seconde de son travail avec Henry : « Il est comme un frère pour moi », dit Erika. « Il est la personne la plus gentille, la plus agréable que j’ai rencontrée. »
Quand il ne travaille pas au Musée, Henry raconte son histoire à des classes et des professeurs tout autour des Etats-Unis. Par exemple, il a déjà donné des discours dans l’Utah, le Colorado, le Michigan, le Kentucky… « Nous racontons aux professeurs, ils le raconteront à leurs élèves. Ses élèves se marieront et ils le raconteront à leurs enfants. Nous ne pouvons pas nous permettre de laisser oublier l’Holocauste. Nous devons dire au monde ce qu’il s’est passé. Nous sommes toujours vivants et il y quand même des gens qui disent que l’Holocauste n’existe pas. »
Henry Greenbaum est né le 1 avril 1928 à Starachowice en Pologne. « J’étais un enfant normal. J’ai eu une éducation normale, » dit Henry. « Nous jouions au football, nous allions à l’école publique, nous allions à l’école religieuse. »
Les Allemands occupent Starachowice le 9 Septembre 1939 et ils déplacent tous les Juifs dans le ghetto. « Nous étions encore une famille, nous étions toujours ensemble, » raconte Henry. Toutefois, ils ne peuvent pas faire les courses et ils dépendent de l’armée allemande pour la nourriture.
Malgré son jeune âge, Henry et trois de ses sœurs travaillent dans une usine de munition.
Le 27 octobre 1941, les Allemands demandent aux habitants du Ghetto d’aller sur la place du marché et une sélection a lieu. Ce jour-là, Henry est séparé de sa mère et de deux de ses sœurs qui étaient déjà mariées. « Je ne l’ai plus revu depuis, » dit Henry. Elles sont envoyées directement à Treblinka, un camp de la mort. Henry est déplacé avec trois de ses sœurs dans un camp de travail forcé près de l’usine de munition. Ils y travaillent jusque fin 1943. Durant cette période, deux des sœurs d’Henry meurent.
Un jour, des rumeurs circulent que l’ensemble des travailleurs va être déplacé hors du camp. « Nous aidions les Allemands avec leur artillerie de guerre, nous n’étions pas payés. Nous avions un petit morceau de pain, un peu de soupe liquide le soir quand nous revenions à nos baraques après la journée de travail : c’est tout ce que nous leur coûtions, » se souvient Henry. « Et ils vont nous envoyer hors d’ici ? Donc, nous nous sommes dit qu’ils allaient maintenant nous tuer. » C’est pour ça que certains prisonniers ont essayé de s’enfuir. Parmi eux, Henry et Faiga, la dernière sœur d’Henry encore vivante au camp. Malheureusement, l’évasion ne se passe pas comme prévu et Henry est blessé à la tête par une balle. Après s’être fait tiré dessus, Henry court vers les baraques des femmes pour chercher sa sœur. Il ne la trouve, mais des femmes l’aident à nettoyer sa plaie. Henry rentre dans les baraques des hommes tôt le lendemain matin. Le jour suivant, les Allemands appellent tout le monde hors des baraques. Les Allemands tuent tous les blessés. A cette époque, Henry avait les cheveux longs et la blessure est bien cachée par ses cheveux. Alors qu’ils étaient en ligne, Henry aperçoit sa sœur. Elle est étendue sur le sol près du trou qu’ils avaient fait dans les barbelés pour s’échapper. Elle ne bouge pas. Elle est morte. Henry a 15 ans et il est maintenant tout seul.
Deux semaines après la tentative d’évasion, le camp de travail est évacué. Henry est envoyé à Auschwitz dans des wagons de bétail. « Nous sommes restés dans ce wagon pendant trois jours, sans nourriture, sans eau, sans toilettes, » raconte Henry. « La destination était Auschwitz, mais nous ne le savions pas. »
Arrivés à Auschwitz, une nouvelle sélection a lieu. « Gauche, Droite, Gauche, Droite, la moitié de mon convoi fut envoyé directement au crématorium. La raison ? Je ne sais pas, » dit Henry. Après la sélection, Henry reçoit son numéro : A18991 et il est envoyé chez le coiffeur pour être rasé. C’est la première fois que quelqu’un remarque la blessure d’Henry. « Finalement, après 4 ans, nous avions droit à une douche, » se remémore Henry. « Nous n’étions pas au courant qu’ils nous mentaient. Ils disaient parfois « douche » mais au lieu de l’eau, c’était du gaz. Mais nous étions chanceux, et de l’eau est vraiment tombée. » Après la douche, Henry reçoit un uniforme à rayure. Henry est resté trois mois à Auschwitz. Il a peu à faire. Quelquefois, il aide la personne à mettre le corps des morts dans des remorques.
Un jour, un homme arrive au camp. Il semble très riche. Il porte un costume et des chaussures blanches et marrons. Il commence à piocher 50 personnes du transport d’Henry. Henry est sélectionné et est envoyé à Buna Monowitz, un camp satellite d’Auschwitz. Il travaille là-bas pour une usine de produits chimiques appelée IG Farben. Son rôle est de construire la route autour de l’usine. « Nous travaillions aussi avec des prisonniers de guerre anglais, » dit Henry. « Nous recevions beaucoup d’aide et d’encouragements de leur part. » Quand l’usine IG Farben commence à se faire bombarder par l’Armée Américaine, les Allemands et les travailleurs non-Juifs courent dans un bunker. Henry et les soldats britanniques doivent, quant à eux, rester dehors. Les soldats expliquent à Henry comment se protéger quand il entend le sifflement des bombes. « Après plusieurs attaques, un des mes camarades décida que si les Allemands et les travailleurs étaient dans le bunker, peut-être qu’il pourrait aller chercher de la nourriture, » raconte Henry. « Nous lui avons dit de ne pas le faire, mais il n’a pas écouté. Il l’a fait trois fois avant de se faire prendre. Un dimanche à Buna Monowitz, on nous a donné l’ordre de sortir des baraques dans la cour et il y avait 4 personnes pendues. Ce jeune homme avait mon âge. »
A la fin 1944, Henry est transféré par train à Flossenburg. Sur le chemin, le train se fait bombarder si souvent par l’Armée Américaine qu’ils doivent marcher pour récupérer un train plus loin.
A Flossenburg, Henry travaille dans un dépôt où les Allemands entassent les habits des personnes qu’ils tuent. « La situation alimentaire était la même : un morceau de pain le matin, une soupe très liquide le soir, » se souvient Henry.
A cette époque, les Russes attaquent de l’Est. Henry peut entendre les attaques tous les jours. « L’homme en charge des baraques nous disaient tous les matins : vous ne quitterez pas cet endroit vivant. Avant que les Russes arrivent ici, nous allons tous vous tuer, » explique Henry. « Nous ne savions pas qui c’était, il nous donnait de l’information. »
Alors que les Russes approchent, Henry est évacué plus profondément dans l’Allemagne. En février 1945, ils commencent à marcher et ce jusqu’en avril 1945. Ils mangent de la verdure ou tout ce qu’ils peuvent trouver dans les bois. Ils s’arrêtent dans une ferme uniquement quand les chiens ou les gardes ont faim.
Le 25 avril 1945, alors qu’ils marchent près d’une autoroute, ils aperçoivent des tanks. D’un coup, les gardes allemands les abandonnent. Quelques minutes plus tard, ils voient un tank s’approcher d’eux. « Nous pensions que c’était un tank allemand et qu’il allait tous nous tuer, » dit Henry. « Mais, par bonheur, c’était un ange, un tank américain. »
Les Américains les conduisent dans une ferme non loin. « Finalement, après cinq ans, nous avions de la nourriture, » raconte Henry. « Du pain, des pommes de terre, des fruits et plein d’eau. Chacun de nous tomba malade comme un chien. Nos estomacs n’étaient plus habitués à ça dorénavant. »
Après avoir passé deux semaines dans une ferme allemande où il travaille pour l’Armée Américaine, Henry est transféré dans un camp de personnes déplacées près de Frankfort.
Son frère, qui était aussi en Europe durant l’Holocauste, le rejoint et ils émigrent tous les deux vers les Etats-Unis. Ils voyagent à bord du Marine Flasher de Brème à New-York en 1946. Quand ils arrivent à New-York, ils sont accueillis par leur frère, David, qui a émigré aux Etats-Unis en 1941. Henry et David déménagent à Washington et habitent chez leur sœur pendant environ un an.
En 1947, Henry se marrie à Shirley, une Américaine qu’il a rencontré dans une convention juive. Ils déménagement ensemble à Bethesda dans le nord-ouest de Washington D.C. Henry ouvre son magasin de pressing sur l’avenue Wisconsin à Washington. « Le mari de ma sœur était dans le pressing, et il nous a tout appris, » dit Henry. Il travaille là-bas pendant 44 ans avant de prendre sa retraite en 1997.
Henry n’a jamais quitté les Etats-Unis depuis son immigration en 1946.
En avril 1978, une série télévisée appelée « Holocauste » est diffusée sur NBC. Elle a un grand succès et remporte 8 Emmy Awards. Après cela, les choses commencent à changer et les gens veulent en savoir plus sur l’Holocauste. « Tout le monde voulait qu’on leur raconte, tout le monde voulait un survivant.»
Depuis ce temps là, Henry raconte son histoire. Il tient la promesse qu’il a faite à ceux qui n’ont pas survécu. L’Holocauste est ancré aussi profondément dans sa mémoire que le numéro sur son bras. « Je disais à mes enfants que c’était le numéro de téléphone du magasin sur mon bras, » se souvient Henry.
Henry Greenbaum et tous les survivants sont la mémoire vivante de l’Holocauste et l’esprit du Musée de l’Holocauste.
« Ce musée est la meilleure chose pour les survivants, » dit Henry. « C’est la meilleure chose qui a été construite ici parce les générations à venir pourront écouter. Une fois que nous aurons quitté ce monde, le musée parlera pour nous. »
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